L'assignation du groupe de services informatiques à l'encontre de l'expatrié français Marc Prily a été examinée le 23 janvier devant la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris. Alors que les avocats d'Atos ont pointé des dérapages verbaux, celui de l'auteur a dénoncé une procédure bâillon.
Publié le 27/01/2026 à 6h20 Lecture 4 minutes Robin CarcanAprès trois ans de diverses procédures, Atos continue d'attaquer le blogueur Marc Prily en justice. Devant la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris consacrée à la presse, Atos accuse, dans le cadre d'une procédure civile accélérée, le blogueur établi près de Phuket en Thaïlande de six griefs, allant du "dénigrement" à la "diffusion d'injures sexistes et raciales" en passant par la "violation du secret des correspondances" et du "secret des affaires". Le groupe de services informatiques lui réclame un million d'euros en réparation du préjudice subi (LL du 08/10/25).
L'audience du 23 janvier a permis de mesurer combien l'agacement suscité par le blogueur reste intact, malgré la succession de patrons chez Atos depuis quatre ans. Marc Prily est dans le viseur des dirigeants s'estimant victimes des informations diffusées sur le blog, depuis le mandat de l'ancien président Bertrand Meunier, à l'origine de la première salve juridique en 2023 (LL du 07/04/23). La demande de fermeture de ce blog amateur, Bourse.blog, très suivi par les petits actionnaires, était au cœur de ce procès.
L'avocat du blogueur, Christophe Bigot, a contesté bille en tête la recevabilité de l'assignation lancée par Atos. Cette procédure accélérée au fond (PAF) s'apparente, selon lui, à une "assignation en diffamation qui ne dit pas son nom". Issue de la loi pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN) de 2004, la PAF est, dans son esprit, un outil destiné à faire cesser les fake news sur Internet, ne prévoyant aucune condamnation pécuniaire d'ampleur.
Million contre million
Dans le camp opposé, les conseils d'Atos, Gaëtan Cordier, associé chez Eversheds Sutherland, et sa collaboratrice, Lucie Rontchevsky, ont commencé par assurer ne pas vouloir s'ériger en "censeurs". Puis le premier a déclenché les hostilités, assénant que Marc Prily ne pouvait s'ériger, à travers ses billets de blog, ni comme un "chevalier blanc", ni comme un "lanceur d'alerte". Le blogueur a tenté avant le procès une discussion en vue d'une solution amiable, réclamant au groupe une transaction d'un million d'euros pour cesser toute publication, en miroir de l'assignation lancée à son encontre. Les avocats d'Atos n'ont pas donné suite à cette proposition, qualifiée de "mercantile".Ils ont ensuite égrené une série de propos extraits du blog pour nourrir leur accusation en "dénigrement". Comme ce passage "éminemment sexiste" à propos de Diane Galbe, alors directrice générale adjointe d'Atos pour Tech Foundations, où le blogueur écrit qu'"avec sa voix sucrée de préado et ses belles mèches blondes, elle en ferait chavirer plus d'un". Les avocats ont aussi pointé le registre injurieux des billets de blog, parsemés de "salopard" par ci et de "connard" par là.
Outrances contre zones d'ombre
Une tout autre musique a été jouée par Christophe Bigot. Spécialisé dans le droit de la presse, de l'édition et de la propriété intellectuelle, l'avocat du blogueur a tout d'abord reconnu l'outrance pour mieux mettre en avant que la grande majorité des billets de blog litigieux traitent des zones d'ombre, des faiblesses de la stratégie financière d'Atos sans occulter les errements supposés de ses hauts dirigeants. Il a également pointé la présence, dans l'assignation, d'un article ne figurant plus sur le blog de Marc Prily, et extrait du site Wayback Machine, qui archive tout le web.Après avoir contesté les six arguments de l'assignation, Christophe Bigot a demandé de juger infondée la demande de la suppression du blog. Il a également soulevé un problème de fond, en faisant valoir qu'il revenait aux personnes invoquant un dénigrement, et non à Atos, de porter une assignation. De la même façon, le secret des affaires concernant certaines informations ne peut être opposé au blogueur, estime l'avocat, notamment dans le cadre de la liberté d'expression et de la protection de l'intérêt général.
La cerise sur le gâteau de la défense est arrivée avec le décryptage des documents financiers d'Atos fait par Marc Prily, absent à l'audience. Plusieurs de ses billets ont été salués pour "leur pertinence" par un chef analyste de BNP Paribas, a rappelé, non sans une certaine délectation, la robe noire de Bigot Avocats. Un petit coup de théâtre a également eu lieu quand l'avocat du blogueur a révélé au président de la 17e chambre que la plainte contre X déposée en novembre 2023 par Atos et visant implicitement son client, pour un délit de diffusion d'information fausse et trompeuse devant le Parquet national financier (PNF), a été classée sans suite courant 2025.
Christophe Bigot a demandé au tribunal de débouter Atos et a plaidé plusieurs demandes reconventionnelles à hauteur de l'enjeu du dossier, comme un préjudice moral de 50 000 €. La décision sera rendue le 27 février.
Robin Carcan
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